Analyse du recueil de M.Oussous: tagldit n tiggas
Réalisée par l’étudiante : F. Amenzou
Faculté des lettres et des sciences humaines, Ibn Zohr, Agadir (5ème semestre, année universitaire 2009/2010)

Introduction :
Pour mettre en application les cours de poésie que j’ai acquis chez mon Professeur Errhouni que j’admire infiniment, j’ai choisi comme support les poèmes amazighs contenus dans l’œuvre intitulée « Tagldit n tiggas » écrite par le professeur et poète amazigh, bien réputé, Mohamed Oussous. J’espère que mon analyse poétique suivante sera utile à tous ceux qui s’intéressent de près ou de loin à la poésie marocaine en général et à la poésie tamazight en particulier.
1/ Le vers :
Dans ses poèmes, Mohamed Oussous ne s’est pas attaché au rythme, aux sonorités et au jeu de rimes comme Baudelaire et les autres poètes classiques. Mais il utilise le vers libre comme Jacques Prévert et les autres rénovateurs de la poésie mondiale. Toutefois, on peut dire qu’il ne privilégie pas tout le présent sur le passé.
2/La structure des poèmes :
La construction d’ensemble des poèmes de Mohamed Oussous est nouvelle : certains poèmes sont courts et se présentent sous forme d’une seule strophe. L’exemple de ce genre de poèmes est à la page 91de l’œuvre « Tagldit n tiggas ». D’autres poèmes sont longs et composés de toutes sortes de strophes. Le poème de la page 68 de tagldit ntiggas par exemple renferme à la fois des tercets et des quatrains. La longueur des strophes dépend des sentiments et des sujets que traite le poète Mohamed Oussous.
3/ Le mètre :
Le poète amazigh Mohamed Oussous ne se contente plus de la métrique de la poésie amazighe classique .Il n’utilise ni l’octosyllabe ni le décasyllabe ni l’alexandrin. Mais il a bouleversé la poésie amazighe de l’intérieur et lui a donné un aspect nouveau, charmant et merveilleux. En lisant la poésie de Mohamed Oussous, on éprouve une sensation de défoulement , de gloire…
4/ L’anaphore :
Dans la poésie du poète amazigh Mohamed Oussous, on trouve la reprise des mots visant à accentuer le sens et à insister sur une idée qu’il juge essentielle. Prenons l’exemple de la page 11de recueil « Tagldit ntiggas » :
Ur sar nmmaggar d tafukt
Ula sar nga iDulan
Jamais on ne rencontre le soleil
Jamais, nous ne serons ses beaux pères
5/ L’énumération
Dans certains poèmes de Mohamed Oussous, on trouve l’énumération exprimée avec la lettre « d » et ce pour citer tout ce qui préoccupe le poète, prenons l’exemple de la page 83 :
Ha d assagur n ufgan
ImTTawn ns…d takka ns
d waggas walli gh iddr
d udm ns gh tama ns
Voici le reste de l’homme
Ses larmes…et ses débris
Et sa blessure, celle qui est tombée
Et son visage à son côté.
6/ La métaphore :
Le poète Mohamed Oussous fait un rapprochement entre deux mots ou deux idées afin de suggérer une réalité nouvelle ou de faire suggérer une image. Voici quelques métaphores contenues dans Tagldit n tiggas: Page :19 azTTa s umTTa = le métier de tissage avec des larmes Page : 31 aghrrabu n tafukt =le bateau du soleil Page : 51 asmmawd n twargiwin = la faucille des rêves
7/ La comparaison :
Le poète amazigh M.O. fait un rapprochement entre deux termes apparemment éloignés dans le but de susciter une idée nouvelle. Ce rapprochement s’opère à l’aide d’un terme de comparaison « zund » Exemples : Page : 10 ifassn inu zund ighnjawn = mes mains sont comme des louches. Page : 31 ar ttawi tiTT zund taghrabout mZZin = elle attire l’attention comme une petite barque Page : 42 azzar ns zund imuzzar =sa chevelure est comme des cascades
8/ La personnification : Le poète Mohamed Oussous fait d’un objet ou d’un être inanimé un être vivant et ce pour lui accorder une importance particulière et le valoriser. Exemples : p 9
Tagrst ar iyi tsDar Gr ighzdisn tiglay ns
Tkks taguDi aghnbur
Yasi waggas tuzlin ns
Ig dagh ul azddugh
Ad gis sdalnt tawdiwin
L’hiver m’a pondu Entre les côtes ses œufs
L’amertume enlève son voile
La blessure prend ses ciseaux
Le cœur est une autre fois
Un logement où les craintes couvent
9/Un lexique et une illustration expressifs
:
Pour parler de la souffrance morale que lui cause le mauvais comportement des autres…Le poète Mohamed Oussous a recours à un lexique riche et expressif. Alors, il a utilisé des mots comme: tiggas (blessures), asmmiD (le froid), taguDi (l’amertume), tammara (la difficulté), tagrst (l’hiver), imttin (le mort), tillas (les ténèbres), amTTa (des larmes), taghznt (l’ogresse) etc. Et pour montrer qu’il refuse la maltraitance de sa langue tamazighte et les comportements anti- amazigh, Le poète Mohamed Oussous illustre son ouvrage intitulé «Tagldit n tiggas » avec une lettre de l’alphabet amazigh. Cette lettre est toute fissurée. Des larmes en coulent abondamment. L’arrière plan est fait d’un teint effrayant, c’est celui d’une blessure remplie de pus et de sang marron.
10) La ponctuation : Dans les poèmes de l’ouvrage intitulé « Tagldit n tiggas », on trouve beaucoup de points d’interrogation et d’exclamation. Ils permettent d’insister sur l’étonnement, la surprise …du poète Mohamed Oussous. Exemple : Page :44 Is iqqur ul nm ?! As –tu un coeur dur ?!
11) Une vision de soi et d’autrui :
Dans ses poèmes portant le nom de Tagldit n tiggas, Mohamed Oussous cherche à montrer à partir du réel et du vécu une vision de soi et d’autrui. Exemple : Page 10 : gigh nit nkin immtin Kra gh tudrt iga ajddig Moi je suis un cadavre Quelqu’un dans la vie est une fleur page 26 :
Tga twukt n tadggwat nnunt
Aylal ngh agwrram
Le hibou de votre malédiction
Est notre oiseau sacré
12) L’importance de la langue : Le poète Mohamed Oussous accorde une grande importance à la langue et au pluralisme linguistique. Et pour illustrer cela, prenons l’exemple de la page : 47
awal a ygan tamazirt
awal akal ns
awal a ygan imndi ns
awal arraw ns
La langue est la patrie
La langue est sa terre
La langue est sa récolte
La langue est sa progéniture
13) Non à la violence et à la persécution :
Le poète M.O. dénonce toutes les formes de violence .Exemple : Page : 9
Yan yad iyi ifkan yan ubbic
Izzghur tn s imik uzawar…
Wan izrin yafuD
Ifl d azmul ns
Celui qui me donne un morceau de pain
Il le graisse avec un peu d’insultes…
Celui qui passe ne revient plus
Il laisse sa cicatrice
14) La parenté entre la satire et le lyrisme: On la trouve dans la page 51 par exemple :
LLigh mZZigh
ur ssngh ussan mas a ttguroun
Ar zlouzzugh tighawsiwin Gawrgh sisnt ar grrugh
Ar zrragh aylal gh ignwan
Ar ttirigh ad aylgh zund nttan…
Quand j’étais petit Je ne sais comment les jours se terminent
Je disperse les choses Je m’assois et je les ramasse
Je vois l’oiseau voler dans le ciel Je voudrais voler comme lui
15) Conclusion:
Les poèmes contenus dans l’ouvrage intitulé Tagldit n tiggas font partie d’un ensemble d’écrits qui requièrent le pluralisme linguistique et le respect de la langue Tamazighte. Ce genre de poèmes défendant un élément essentiel de notre patrimoine méritent donc d’être lus, relus et médités.